La vie joue des tours, mais pas toujours de mauvais. La preuve, j'ai parlé à mon grand-père maternel pour la toute première fois il y a un an. Il avait 93 ans, moi 29. Je ne pense pas qu'il attendait encore quoi que ce soit de la vie, et il a été surpris. Quant à moi, j'ai vécu cette rencontre sur un nuage... d'où je ne souhaite pas descendre. C'était si beau.
Aujourd'hui les familles monoparentales ou recomposées sont tout à fait intégrées socialement. Mais ce n'était pas le cas en 1945, lorsque ma maman est venue au monde. C'est donc dans ce contexte qu'elle a dû grandir sans son père. Et comme on ne parlait pas aux enfants comme on le fait de nos jours, elle a aussi dû se construire sans avoir certaines réponses. Des réponses fondamentales à des questions qui ne le sont pas moins. Comme celle de l'origine, de la filiation, etc.
Et finalement, à 60 ans, elle a su. Et pas uniquement qui était son père, son identité. Mais bien plus important, elle a appris qu'il connaissait son existence, qu'il l'a toujours aimée, et qu'il s'en voulait de ne pas avoir été là pour elle. Autant dire que c'est la plus belle chose que l'on peut découvrir sur ses parents. J'ai été si heureuse pour elle que je n'ai pas réalisé que cet homme faisait aussi partie de mon histoire. Jusqu'à ce qu'il m'écrive, et s'intéresse à moi. Jusqu'à ce qu'il me demande s'il pouvait m'appeler sa petite-fille.
Puis nous avons correspondu, puisqu'il vivait à l'autre bout du pays. Contrairement à ma mère et à ma grand-mère, je ne l'ai jamais serré dans mes bras. Mais nous nous sommes fait confiance, et nous avons partagé avec bonheur nos pensées et notre affection. Alors il restera mon papi, bienqu'il s'en soit allé. Et je peux parler à mes enfants de leur arrière-grand-père. C'est un cadeau de la vie, pour toute la famille.