C'est par un bel après-midi d'hiver que le feu a été mis aux poudres. En effet, je me délassais tranquillement devant une niaiserie de saison qui passait (faut-il le préciser) sur M6. Quand un sauvage cri d'effroi et de dégoût s'est élevé derrière moi : "Ah, non, pas encore ce vieux biiiiiipp en rouge avec sa biiiiiipp hotte de biiiiiipp jouets, biiiiiipp !"... Inutile de vous dire que je fus choquée par la violence et la soudaineté de l'attaque.
Car il faut que je vous précise un truc : durant l'année, je fais une sorte de jeûne de mièvrerie. (Autant que faire se peut.) Comme un grand carême, qui prendrait fin à l'approche de Noël pour à peu près quatre semaines d'une gigantesque orgie de bons sentiments, bêtises éhontées, et sentimentalisme dégoulinant. Moi, ça me détend. Mais mon amoureux, lui, ça l'agresse. Ainsi, je suis capable d'ingérer pendant cette période une quantité impressionnante de téléfilms de Noël. Une véritable torture pour lui. C'est pourtant une sorte de tradition tacite que j'ai, et qui ne souffre à cet égard ni moquerie ni mépris. Et cette année mon homme, bien que ce fût à l'insu de son plein gré, a balancé une bombe sur ce terrain sensible.
La salve de contre-attaque n'a donc pas tardé à fuser. Je me suis insurgée ! Car le mythe du Père-Noël a beau être une invention, cela reste une très jolie histoire-guimauve. Pas pire ni meilleure que les autres, au fond. Disons un conte de fées qui colle un peu plus aux dents. Mais de la part de quelqu'un qui aime le medieval fantastic, je trouve légèrement déplacée une critique aussi acerbe du Santa Claus. Et toc ! (je t'aime chéri, chéri je t'aime, bisou-bisou-bisou)
L'autre partie du problème qu'a mon époux avec le Père-Noël vient du fait que pour lui, le vieux barbu prend la place de la vraie vedette du jour : l'enfant Jésus. Ben oui. Après tout, c'est bien son anniversaire qu'on fête. A la base. On est d'accord là-dessus. Mais que voulez-vous ma bonne dame, tout fout le camp. Enfin, on a décidé ensemble de ne pas entretenir de mensonge, auprès de nos rejetons, à propos du Père-Noël. J'entends par là qu'on l'a officiellement rangé dans la catégorie des licornes, sirènes, etc... Et pour les cadeaux, on dit bien merci à tous ceux qui les offrent gracieusement. En souvenir de celui qui, il y a très longtemps, a accepté de se rendre pareil à nous alors qu'il avait l'univers à ses pieds. Et mon chéri et moi, on peut dire en choeur que c'est bien ça, la plus belle histoire de Noël.